Diphtérie au Maroc: le retour d'une maladie évitable remet la vaccination au cœur de la prévention

Diphtérie au Maroc: le retour d'une maladie évitable remet la vaccination au cœur de la prévention

Après plus de trois décennies sans cas signalé, la réapparition de la diphtérie au Maroc rappelle qu'une maladie devenue rare grâce à la vaccination peut refaire surface lorsque des personnes ne sont pas suffisamment protégées.

La diphtérie est une infection bactérienne contagieuse qui touche principalement la gorge et le nez, mais peut également affecter la peau. Sa gravité tient notamment à la toxine produite par la bactérie, susceptible d'endommager le cœur, les nerfs et les reins. En l'absence de traitement adapté, le taux de létalité peut atteindre 5 à 10 %, selon les spécialistes.

Absent des radars marocains depuis 1992, la diphtérie a fait son retour en 2026. Le 28 septembre, le ministère de la Santé signalait deux foyers familiaux dans la région de Souss-Massa (Agadir Ida-Outanane et Chtouka-Aït Baha), touchant des enfants non ou incomplètement vaccinés. Avec quelques cas isolés supplémentaires - dont un importé de l'étranger.

Selon Pr. Majdouline Obtel, médecin spécialiste en épidémiologie clinique et professeure à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, si les cas recensés restent limités et font l'objet d'une riposte sanitaire, cette situation souligne l'importance du respect du calendrier vaccinal, du rattrapage des doses manquantes et de la vigilance face aux signes d'alerte.

Dans un entretien à la MAP, Mme Obtel, également directrice par intérim du GST Academy du Groupement sanitaire territorial de Rabat-Salé-Kénitra (GST-RSK), a indiqué que la maladie se transmet essentiellement par les gouttelettes respiratoires émises lorsqu'une personne infectée tousse, éternue ou parle, ainsi que par contact direct avec des lésions cutanées infectées.

Les premiers symptômes apparaissent généralement deux à cinq jours après la contamination. Ils comprennent le plus souvent une angine, des douleurs à la gorge, de la fièvre et des difficultés à avaler. L'apparition de fausses membranes blanchâtres, puis grisâtres, épaisses et adhérentes au fond de la gorge constitue un signe caractéristique, a expliqué la professeure. Ces membranes peuvent saigner lorsqu'on tente de les retirer.

Un gonflement important du cou, une voix rauque ou des difficultés respiratoires doivent également alerter et conduire à une prise en charge médicale urgente. La maladie peut aussi se manifester par un écoulement nasal, parfois sanguinolent, ou par des lésions cutanées persistantes, a-t-elle ajouté.

Face à ces symptômes, la spécialiste insiste sur la nécessité de consulter sans attendre. La rapidité du diagnostic et du traitement est essentielle pour prévenir les complications et limiter la transmission.

Pour Pr. Obtel, cette réapparition souligne la nécessité de maintenir une couverture vaccinale élevée et de veiller à ce qu'aucun enfant ne reste insuffisamment protégé. La vaccination demeure le moyen le plus efficace de prévenir la maladie et ses formes graves, car elle permet à l'organisme de développer une protection contre la toxine responsable des principales complications, a-t-elle expliqué.

Au Maroc, le Programme national d'immunisation prévoit trois premières doses à deux, trois et quatre mois, suivies de rappels à 18 mois et à cinq ans. La protection doit être entretenue dans le temps, notamment par les rappels recommandés, y compris à l'âge adulte, a rappelé la spécialiste.

L'enjeu concerne également les enfants dont le calendrier vaccinal a été interrompu, les adolescents et les adultes qui n'ont pas reçu les doses nécessaires ou dont les rappels ne sont plus à jour. En cas de retard vaccinal, il n'est généralement pas nécessaire de reprendre le calendrier depuis le début : les doses manquantes peuvent être administrées selon un schéma de rattrapage adapté à l'âge et aux antécédents vaccinaux, a-t-elle précisé.

Pr. Obtel invite ainsi les parents à vérifier les carnets de vaccination de leurs enfants et à se rapprocher du centre de santé le plus proche en cas de doute. Les vaccins relevant du Programme national d'immunisation sont gratuits dans les structures publiques.

Au-delà de la protection individuelle, la vaccination contribue à limiter la circulation de la bactérie. La présence de groupes de personnes non vaccinées ou insuffisamment protégées peut favoriser l'apparition de foyers de transmission, même dans un pays où la maladie était devenue rare, a souligné la spécialiste.

Dès la suspicion d'un cas, les mesures de riposte doivent être engagées sans attendre, a-t-elle insisté. La prise en charge comprend notamment l'isolement du malade, les prélèvements nécessaires à la confirmation du diagnostic et l'administration rapide d'antibiotiques ainsi que d'une antitoxine, selon les indications médicales.

Les équipes sanitaires procèdent également à l'identification et au suivi des personnes ayant été en contact avec le malade, notamment les membres de sa famille, ses camarades de classe, ses collègues et les professionnels de santé concernés. En fonction de leur exposition et de leur statut vaccinal, ces personnes peuvent bénéficier d'un traitement antibiotique préventif, d'une vaccination ou d'un rattrapage vaccinal, a détaillé la Pr Obtel.

Cette riposte mobilise les structures de santé, les autorités locales, les établissements scolaires et les familles. Aussi, la coopération des personnes contactées par les services sanitaires est essentielle au respect des mesures de prévention et à la limitation du risque de transmission, a-t-elle soutenu.

La rareté de la diphtérie constitue par ailleurs un défi pour les professionnels de santé, qui peuvent avoir peu d'expérience clinique de cette maladie. La spécialiste souligne ainsi l'importance de renforcer la sensibilisation et la vigilance afin de reconnaître rapidement les cas suspects et d'orienter les patients vers une prise en charge adaptée.

Enfin, la Pr Obtel recommande de respecter les règles d'hygiène respiratoire, de se laver régulièrement les mains et de veiller à l'aération des espaces collectifs, notamment les écoles et les crèches. En présence de symptômes évocateurs, elle préconise de consulter rapidement et d'éviter les contacts rapprochés dans l'attente d'un avis médical.

Elle appelle également à privilégier les informations diffusées par les autorités sanitaires et les professionnels de santé, afin d'éviter la propagation de rumeurs susceptibles d'alimenter les inquiétudes ou les doutes sur la vaccination.

En somme, la réapparition de la diphtérie rappelle que la prévention repose sur la continuité des efforts de vaccination, la reconnaissance précoce des signes d'alerte et la coopération de l'ensemble des acteurs concernés.

MAP

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