La présidente du Réseau africain des mécanismes nationaux de prévention de la torture, Amina Bouayach, a appelé, mercredi à Kigali, à promouvoir une approche fondée sur la "prévention dès la conception", en faisant de la protection de la dignité humaine une composante intégrée des politiques publiques, des législations et des institutions en Afrique.
Intervenant à l’ouverture de la 4e conférence annuelle du Réseau, Mme Bouayach, également présidente du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), a souligné que la prévention demeure l’outil le plus efficace pour éviter la répétition des tragédies humaines et protéger les individus contre les différentes formes de traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Mme Bouayach s'est félicitée de la signature, en avril dernier à Rabat, de l’accord de siège entre le Royaume du Maroc et le Réseau, mettant en avant la réactivité et l'engagement constant du Royaume en faveur du soutien de cette structure continentale et de l'accompagnement de son développement institutionnel.
Cette étape constitue, selon elle, une nouvelle avancée dans le processus de consolidation de la stabilité institutionnelle du Réseau et de renforcement de la coordination entre les mécanismes nationaux de prévention de la torture à l’échelle du continent, favorisant le développement de mécanismes d’action concertée ainsi que l’échange d’expertises et de bonnes pratiques en matière de protection de la dignité humaine dans les lieux de privation de liberté.
Mme Bouayach a, par ailleurs, salué la tenue régulière de la conférence annuelle du Réseau, organisée cette année à Kigali après les éditions de Marrakech, du Cap et de Praia, notant que cette continuité reflète la volonté des mécanismes nationaux africains de poursuivre la concertation et l’action collective et ce en dépit des différents défis auxquels le continent est confronté.
"L’Afrique se concerte et construit collectivement ses propres dynamiques d’action", a-t-elle affirmé, mettant en avant la coordination soutenue entre les équipes de Rabat, du Cap et de Kigali pour couronner cette rencontre de succès et soulignant l’importance de cette dynamique pour concrétiser l’ambition d’une "Afrique à zéro tolérance envers la torture".
Évoquant la portée symbolique de la tenue de cette rencontre dans la capitale rwandaise, Mme Bouayach a rappelé l’importance de prévenir les violations avant qu’elles ne surviennent, estimant que les grandes tragédies de l’histoire n’ont pas été uniquement le résultat de la violence, mais aussi de la faiblesse des mécanismes de vigilance, d’alerte précoce et de l’absence d’intervention en temps opportun.
Abordant la situation des lieux de privation de liberté en Afrique, elle a relevé la persistance de plusieurs défis liés notamment à la surpopulation carcérale, à l’insuffisance des infrastructures, au manque de ressources humaines et financières ainsi qu’aux contraintes sanitaires.
La responsable a également attiré l’attention sur les situations particulières de vulnérabilité auxquelles sont confrontés les femmes et les enfants privés de liberté, appelant à l’adoption d’approches qui tiennent compte du genre et des besoins spécifiques des catégories les plus exposées aux risques.
Et Mme Bouayach de conclure que la multiplication des crises et des conflits à travers le monde, ainsi que leur lourd coût humain, appellent à la nécessité de faire de la prévention une priorité stratégique des systèmes de protection des droits humains et de consolider l’action collective africaine en faveur de la prévention de la torture et de la protection de la dignité humaine.
Les participants à cette 4e conférence annuelle du Réseau ont, par ailleurs, hautement salué la signature, en avril dernier à Rabat, de l’accord de siège du secrétariat permanent du Réseau entre le Royaume du Maroc et cette instance continentale, soulignant que cette action du Royaume se veut une étape majeure dans le renforcement de l'édifice institutionnel de l’action africaine commune en matière de prévention de la torture et de protection des droits de l’Homme.
MAP
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