La Suisse plaide pour une réglulation de l'IA et des ordinateurs quantiques

La Suisse plaide pour une réglulation de l'IA et des ordinateurs quantiques

La Suisse a appelé jeudi les Etats membres de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à renforcer la gouvernance internationale des nouvelles technologies, estimant que l’intelligence artificielle, les ordinateurs quantiques ou encore les neurotechnologies sont devenus des enjeux directs de sécurité et de souveraineté.

Depuis le CERN (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) à Genève, considéré comme l’un des berceaux du World Wide Web, le ministre suisse des Affaires étrangères Ignazio Cassis, en sa qualité de président en exercice de l'OSCE, a averti que "si personne ne gouverne les technologies, elles nous gouverneront".

S’exprimant à l’ouverture d’une conférence de deux jours consacrée à “l’anticipation des technologies pour un avenir sûr et humain”, le chef de la diplomatie suisse a dressé le constat d’un monde “désorienté”, où l’accélération technologique dépasse désormais la capacité des Etats à comprendre et encadrer les mutations en cours.

Citant les films “2001: A Space Odyssey”, “Blade Runner” ou “The Matrix”, il a estimé que les interrogations autrefois associées à la science-fiction – qui contrôle la technologie, qui décide, quelle place reste-t-il à l’humain – sont devenues des “questions de pouvoir”.

Selon M. Cassis, la scène internationale fait face à une “double bascule”: le retour des rivalités géopolitiques et une révolution technologique qui redéfinit les rapports de force.

“La guerre est revenue en Europe, les règles sont contestées et la confiance s’érode”, a-t-il déclaré devant des délégations des 57 Etats participants de l’OSCE, des scientifiques, des responsables onusiens et des représentants du secteur privé.

M. Cassis a insisté sur le fait que les technologies émergentes ne sont plus des outils neutres mais des “actifs stratégiques” déterminant de plus en plus la souveraineté des Etats.

Il a décrit l’apparition d’une nouvelle hiérarchie mondiale entre les acteurs qui conçoivent les technologies, ceux qui les réglementent et ceux qui en dépendent.

“La menace n’est plus la surprise technologique. C’est le décalage politique”, a-t-il affirmé, estimant que l’écart entre innovation et régulation favorise les erreurs d’appréciation, l’escalade et la méfiance.

M. Cassis, également vice-président de la Confédération suisse, a notamment mis en garde contre l’accélération des prises de décision militaires par l’IA, les bouleversements attendus en cybersécurité avec l’informatique quantique ou encore les implications sécuritaires d’une biologie “programmable”.

Il a appelé l’OSCE à intégrer pleinement ces enjeux dans ses trois dimensions traditionnelles – politico-militaire, économique et humaine – plutôt que d’en faire un simple sujet académique.

La Suisse souhaite promouvoir un “multilatéralisme ciblé”, concentré sur les domaines où une coopération reste possible malgré les tensions géopolitiques. Le ministre a plaidé pour trois priorités: identifier les technologies avant qu’elles ne deviennent des crises, procéder à des évaluations communes afin de limiter les divergences et coopérer “pragmatiquement” sur les intérêts convergents.

Le chef de la diplomatie helvétique a également mis en avant le rôle du Geneva Science and Diplomacy Anticipator, fondation soutenue par la Confédération et les autorités genevoises, chargée d’anticiper les percées scientifiques susceptibles d’avoir un impact majeur sur la sécurité et les sociétés.

“La technologie ne nous attendra pas. La géopolitique ne ralentira pas”, a-t-il conclu, appelant l’OSCE à préserver un espace de dialogue “où les adversaires peuvent encore se parler” et où “la sécurité reste humaine”.

Les travaux de la conférence portent notamment sur les conséquences de l’IA et des technologies quantiques pour la sécurité européenne, mais aussi sur l’utilisation des innovations pour la gestion commune de ressources confrontées aux pénuries.

MAP

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