Le paysage assurantiel marocain s'apprête à franchir un cap décisif dans sa régulation avec l'achèvement du nouveau cadre prudentiel de Solvabilité Basée sur les Risques (SBR), a annoncé, jeudi à Rabat, le président de l'Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS), Abderrahim Chaffai.
S'exprimant lors de la conférence de célébration du 10ème anniversaire de l'ACAPS, placée sous le thème "10 ans au service de la stabilité et de la protection : mobiliser les écosystèmes pour demain", M. Chaffai a précisé que ce référentiel moderne, attendu par le marché, est destiné à remplacer définitivement l'approche classique de solvabilité basée sur de simples ratios.
Inspiré de la directive européenne "Solvabilité II", le nouveau dispositif a été rigoureusement adapté aux spécificités locales et à la cartographie réelle des risques du marché marocain, a-t-il ajouté.
"La mise en place de la SBR marque une rupture fondamentale dans la méthode de supervision. Contrairement aux ratios actuels qui ne permettent pas toujours de mesurer l'impact réel au niveau des risques pris par les opérateurs, ce nouveau cadre introduit une approche dynamique et granulaire, garantissant ainsi une évaluation plus fine de la solidité financière des entreprises d'assurance et de réassurance", a expliqué M. Chaffai.
Outre le renforcement de la stabilité financière et la protection accrue des assurés, il a mis en exergue l'impact macroéconomique de cette réforme, notant que ce système a en effet été calibré pour laisser aux assureurs une marge de manœuvre adéquate, optimisant ainsi leur rôle institutionnel et leur participation active au financement de l'économie nationale.
Et de relever que l'aboutissement de ce chantier structurel, qui a nécessité la réalisation d'études d'impact successives auprès des opérateurs, hisse le Maroc parmi les pays pionniers de la région ayant adopté ce standard international de supervision par les risques.
A cette occasion, M. Chaffai a présenté le bilan de la décennie écoulée, mettant en lumière la réussite de la phase de structuration, consacrée par une indépendance pleinement affirmée et une stricte conformité aux dispositions de la loi portant création de l’Autorité.
"Ce choix d'alignement sur les meilleurs standards a conféré à l'ACAPS un statut de modèle de régulation, dont l'expérience est aujourd'hui sollicitée et partagée avec plusieurs pays du continent africain." a indiqué M. Chaffai.
L'adaptation technologique a également constitué un axe prioritaire, a-t-il poursuivi, notant les efforts déployés pour structurer le développement des "Insurtechs", soulignant que cette démarche vise à intégrer l'innovation comme un vecteur de valeur ajoutée pour les assurés et à maintenir le marché national au diapason des meilleures pratiques mondiales en matière de distribution.
"En matière de stabilité financière globale, les enseignements tirés des crises récentes ont permis à l’ACAPS de renforcer sa supervision macro‑prudentielle. Grâce à un cadre analytique élaboré conjointement avec Bank Al‑Maghrib (BAM) et l'Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC), l’Autorité dispose désormais de la capacité de simuler des scénarios de chocs systémiques et d’anticiper les mesures correctives nécessaires pour préserver la solidité et la résilience du secteur", a précisé M. Chaffai.
Et de noter que la protection des assurés demeure au centre de l'action de l'Autorité, comme en témoigne l'instauration d'un cadre de gouvernance stricte des produits d'assurance, relevant que le service des réclamations a ainsi traité plus de 6.000 dossiers en 2023.
Abordant les perspectives futures, M. Chaffai a insisté sur l'urgence d'anticiper les risques émergents, tels que l'intelligence artificielle et les changements climatiques, mettant en exergue, à cet égard, la réussite du dispositif nationale de couverture des événements catastrophiques, un partenariat public‑privé (PPP) qui traduit la capacité remarquable du secteur à anticiper, modéliser et absorber des chocs d’une grande complexité.
MAP
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