Rabat : Mme Bouayach plaide pour l'humanisation du débat sur la peine de mort

Rabat : Mme Bouayach plaide pour l'humanisation du débat sur la peine de mort

 La présidente du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), Amina Bouayach, a souligné, mardi à Rabat, la nécessité d'humaniser le débat sur la peine de mort, estimant que cette approche "refuse de considérer la privation de la vie comme un instrument pour rendre justice".

S'exprimant lors d'une conférence de presse à l'occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort, Mme Bouayach a expliqué qu'humaniser le débat ne signifie nullement atténuer la gravité du crime ou mettre sur un même pied d'égalité la victime et l’auteur du crime, mais place plutôt la société face à elle-même pour tester son humanité à travers la recherche de solutions préventives et inclusives empêchant la récurrence de tels drames.

La présidente du CNDH a appelé les pouvoirs exécutif et législatif à "saisir le moment politique" et à œuvrer au passage du moratoire de fait à l'abolition légale totale.

De son côté, le coordinateur de la Coalition marocaine contre la peine de mort (CMCPM), Abderrahim Jamaï, a passé en revue les défis auxquels se heurte, à l’échelle mondiale, la protection du droit à la vie, notant l'importance de la synergie des efforts des acteurs des droits de l’Homme et de la société civile pour faire face à tout recul international ou régional dans ce domaine.

Il a également salué la dynamique positive que connaît le Maroc, se félicitant de la décision du Royaume d'accueillir le 10e Congrès mondial contre la peine du mort à Marrakech, comme étant "un engagement politique reflétant la volonté de renforcer le système des droits de l'Homme et pavant la voie au couronnement de ce parcours par l'abolition totale".

M. Jamaï a appelé à tirer parti de cette dynamique pour mobiliser l’ensemble des acteurs, notamment les jeunes, afin qu’ils s’impliquent dans les préparatifs de cette importante échéance internationale.

Pour sa part, le directeur général de l'association Ensemble contre la peine de mort (ECPM), Raphael Chenuil-Hazan, a relevé que le maintien par le Maroc du moratoire sur l'exécution depuis 1993 et son vote aux Nations unies en faveur de la résolution portant moratoire sur l'application de la peine de mort ont renforcé la position du Royaume sur la scène internationale des droits de l'Homme.

L'accueil par la ville de Marrakech du prochain Congrès mondial constitue une perspective exceptionnelle et une occasion propice pour transformer le moratoire de fait en une abolition totale inscrite dans le Code pénal, ce qui constituera "le couronnement d'un long parcours de plaidoyer et d'engagement en faveur des droits de l'Homme", a-t-il fait observer.

Dans le même contexte, le chef adjoint de la délégation de l'Union européenne (UE) au Maroc, Daniele Dotto, s'est arrêté sur la dimension humaine de la souffrance des condamnés, faisant remarquer que la tendance générale à l’échelle mondiale penche vers l'abolition, tout en se félicitant de la dynamique positive et des évolutions tangibles que connaît le continent africain, désormais à l'avant-garde de ce mouvement.

Réitérant le soutien de l'UE au Maroc pour l'organisation du Congrès mondial, il a considéré cette démarche constitue "un signal fort de leadership et de confiance". De même, M. Dotto a souligné l'engagement constant de l'Union aux côtés des institutions et de la société civile pour atteindre cet objectif.

Le représentant de l'Observatoire marocain des prisons (OMP), Abdallah Mouseddad, a, quant à lui, mis l’accent sur le slogan choisi cette année pour la Journée "Témoigner pour la vie", évoquant son rôle dans la mise en lumière des répercussions dévastatrices subies par le condamné et sa famille, ainsi que dans la lutte contre la culture de la vengeance.

Il a également insisté sur la nécessité de s'engager dans les efforts visant à élaborer un protocole africain en faveur de l'abolition, d'accorder une attention particulière à la santé mentale des détenus actuels et de renforcer les programmes de réinsertion.

Les travaux de cette rencontre ont été couronnés par la publication d'une déclaration finale des participants, appelant le gouvernement à inscrire l'abolition de la peine de mort parmi les priorités des réformes législatives et à la supprimer du Code pénal. La déclaration a aussi exhorté le Parlement à "mettre fin aux hésitations législatives", en l'incitant à ratifier sans délai le deuxième protocole facultatif.

Au cours de cette rencontre, des allocutions et des interventions ont été prononcées par des représentants des réseaux de professionnels contre la peine de mort, ayant souligné l'engagement de divers secteurs dans cette démarche en faveur des droits de l'Homme.

Cet événement s'est également distingué par la présence de représentants du corps diplomatique accrédité au Maroc, ainsi que de représentants d'institutions publiques, parmi lesquelles l'Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, l'Institution du Médiateur du Royaume et le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger.

MAP

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