Le gouvernement espagnol a choisi la voie des élections anticipées pour tenter de sortir de l’impasse parlementaire et retrouver une majorité progressiste en mesure de relancer son agenda politique, alors que la crise du logement alimente une contestation sociale croissante.
Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, a annoncé lundi la dissolution des Cortes et la convocation des élections législatives le 29 novembre, neuf mois avant la fin prévue de la législature. Le chef de l’Exécutif a justifié cette décision par la nécessité d’obtenir une "majorité progressiste beaucoup plus large" afin de mener à bien les réformes que, selon lui, l’Espagne doit encore engager.
"Pour mener en profondeur les réformes en suspens dont nous avons besoin (...), nous devons nous mobiliser et obtenir que le Parlement nous accorde une majorité bien plus large, progressiste, grâce à laquelle nous pourrons faire plier les élites, conquérir de nouveaux progrès sociaux", a-t-il déclaré.
Cette convocation anticipée intervient à peine trois jours après le rejet par le Congrès de deux décrets consacrés au logement, un revers qui a illustré les difficultés croissantes de l’Exécutif à réunir une majorité parlementaire. Le Parti populaire (PP), Vox (extrême droite) et Junts (parti indépendantiste catalan) avaient voté contre ces initiatives, dans un contexte de tensions persistantes entre le gouvernement et ses partenaires.
Cet échec parlementaire est intervenu alors que la contestation autour du logement prenait de l’ampleur. Samedi dernier, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Madrid et de plusieurs autres villes espagnoles pour réclamer des logements abordables et des mesures contre les expulsions et la spéculation immobilière.
La mobilisation avait notamment gagné en visibilité après l’expulsion, le 23 septembre, de Maricarmen Abascal, une Madrilène de 87 ans qui vivait depuis plus de sept décennies dans son logement. Son cas est devenu l’un des symboles d’une crise qui frappe particulièrement les grandes agglomérations et les ménages les plus modestes. Son expulsion a contribué à déclencher une vague de protestations et l’installation d’un campement de militants sur la Puerta del Sol.
La pression sociale s’inscrit dans un marché immobilier toujours marqué par un déséquilibre entre l’offre et la demande. Selon l’Institut national de la statistique (INE), les prix des logements ont progressé de 12,2 % sur un an au deuxième trimestre 2026, tandis que ceux des logements anciens ont augmenté de 12,9 %. Sur une base trimestrielle, la hausse a atteint 3,4 %.
La question du logement s’est ainsi imposée au cœur du débat politique, sur fond de divergences concernant la régulation des loyers, la protection contre les expulsions et le développement du parc de logements publics.
Le pari des élections anticipées reste toutefois risqué pour Pedro Sánchez. Les derniers sondages placent le PP et Vox en position favorable et témoignent des difficultés du camp progressiste, dont la fragmentation pourrait compliquer la constitution d’une majorité de gauche.
Le chef du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a appelé les Espagnols à lui accorder leur confiance et présenté le scrutin comme une occasion de mettre fin à l’ère Sánchez. Il affirme vouloir "gouverner seul", tout en assurant qu’il ne compte pas "diaboliser" Vox, laissant ouverte la possibilité de négociations avec cette formation, avec laquelle le PP est déjà allié dans plusieurs régions du pays.
De son côté, Pedro Sánchez oppose régulièrement son gouvernement progressiste à la "régression" que représenterait, selon lui, une coalition entre la droite et l’extrême droite. Pour conserver le pouvoir, il devra toutefois lui aussi rechercher des accords avec les formations situées à la gauche du PSOE.
Le chef de l’Exécutif entend ainsi mobiliser l’électorat progressiste autour de la défense des services publics et, surtout, du droit au logement, devenu l’un des principaux thèmes de la campagne à venir.
La bataille électorale s’annonce par ailleurs dans un climat de forte polarisation, marqué par la crise du coût de la vie, les tensions autour de l’immigration et les affaires judiciaires ayant touché l’entourage du gouvernement. Pour Pedro Sánchez, le scrutin représente une occasion de reconstruire une majorité parlementaire ; pour l’opposition, il offre une nouvelle chance de reprendre les rênes du pays.
Dans le même temps, le mouvement en faveur du logement entend poursuivre sa mobilisation indépendamment du calendrier électoral. Le Syndicat des locataires et les principales centrales syndicales du pays ont annoncé une grève générale pour le logement en novembre et assuré que la contestation se poursuivrait jusqu’à l’adoption de mesures jugées à la hauteur de la crise.
Avec le scrutin du 29 novembre, l’Espagne entre ainsi dans une campagne électorale où le logement s’impose comme l’un des principaux enjeux sociaux et l’un des champs de bataille majeurs de la vie politique.
MAP
Laissez un commentaire
Conditions de publication : Les commentaires ne doivent pas être à caractère diffamatoire ou dénigrant à l'égard de l'auteur, des personnes, des sacralités, des religions ou de Dieu. Ils ne doivent pas non plus comporter des insultes ou des propos incitant à la haine et à la discrimination.