La ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a mis en avant, mardi à Istanbul, les efforts et réformes engagés par le Maroc dans le secteur minier, soulignant que le Royaume, en tant que pays ancré en Afrique, lié à l’Europe et ouvert sur les marchés mondiaux, s’inscrit pleinement dans le débat international sur les minerais critiques.
S’exprimant lors du Forum de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur les minéraux critiques, coprésidé par le Maroc et la Turquie, Mme Benali a indiqué que la résilience à long terme dans ce secteur repose sur une coopération fondée sur le respect et la transparence.
Passant en revue les chantiers en cours, elle a rappelé le lancement, en 2026, d’un appel d’offres par la Centrale d'achat et de développement de la région minière du Tafilalet et de Figuig (CADETAF), couvrant une superficie de 13.000 km2 répartis sur 361 zones, soit le plus important appel d’offres minier de l’histoire du Maroc.
Elle a précisé que, pour la première fois, les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance représentent 45% de la note d’évaluation, tandis que le recours aux énergies renouvelables devient une exigence obligatoire pour tous les investisseurs.
La ministre a également relevé que la région de Tafilalet et Figuig exportait environ 800.000 tonnes de barytine par an, faisant du Maroc le deuxième exportateur mondial de cette substance, alors que seulement 8% de son potentiel est exploité.
Dans ce contexte, Mme Benali a annoncé le lancement, en avril 2026, d’un cadastre minier numérique, conçu comme une plateforme unifiée reliant les données, les ressources et le cadre juridique, permettant un suivi automatisé des territoires, l’intégration des données géologiques et une meilleure sécurité juridique pour les investisseurs et opérateurs.
Par ailleurs, la ministre a appelé à la mise en place d’un nouveau système mondial des minerais critiques, plus équitable et transparent, reposant sur la stabilité, la coopération et la réduction des restrictions commerciales, afin de garantir des chaînes d’approvisionnement durables.
Elle a souligné que, sur les trente prochaines années, les besoins mondiaux en minerais dépasseront l’ensemble des volumes extraits depuis les débuts de l’humanité, notant que les investissements actuels restent insuffisants pour répondre à cette demande.
Dans ce cadre, Mme Benali a mis en garde contre la dépendance à des marchés volatils ou à des restrictions commerciales arbitraires, relevant que le lithium a perdu plus de 80 % de sa valeur entre 2022 et 2024, tandis que le cobalt a connu trois épisodes de forte volatilité en une décennie.
Selon elle, ces fluctuations fragilisent les stratégies d’investissement, déstabilisent les économies des pays producteurs et ralentissent la transition énergétique, plaidant pour des contrats d’achat à long terme, des réserves stratégiques et des mécanismes de prix équilibrés entre producteurs et consommateurs.
Concernant l’Afrique, la ministre a rappelé que le continent détient près de 30% des ressources minières mondiales et 19% des minerais essentiels à la fabrication de véhicules électriques, de batteries et d’infrastructures bas carbone.
Elle a affirmé que l’Afrique ne souhaite pas être un simple réservoir de matières premières, mais un partenaire à part entière dans l’innovation, l’industrialisation et l’économie verte, rappelant que les ministres africains des Mines, réunis à Marrakech en novembre dernier pour le Congrès international des mines, ont engagé l’élaboration de normes africaines en matière de certification.
En marge du forum, Mme Benali s’est entretenue avec Alparslan Bayraktar, ministre turc de l’Énergie et des Ressources naturelles, sur les moyens de renforcer la coopération entre Rabat et Ankara dans les domaines de l’énergie et des minerais.
Le Forum des minerais critiques de l’OCDE, qui se tient sur deux jours sous le thème “Mobiliser les investissements et la croissance grâce aux partenariats”, intervient dans un contexte marqué par une demande croissante pour ces ressources stratégiques liées à la transition énergétique et industrielle.
Cet événement réunit des représentants de pays producteurs et importateurs, des experts de l’OCDE ainsi que des acteurs du secteur privé, et constitue une plateforme d’échange sur les politiques visant à renforcer la résilience et la diversification des chaînes d’approvisionnement, tout en soutenant l’industrialisation et la diversification économique.
L’attribution au Maroc de la coprésidence du forum reflète la reconnaissance de son rôle stratégique en tant que partenaire de l’OCDE et de sa place croissante dans les enjeux liés à la sécurité énergétique et aux chaînes de valeur industrielles mondiales.
MAP
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