Le ministre de l'équipement et de l'eau, Nizar Baraka, a souligné, vendredi à Rabat, l'importance d'intégrer pleinement l'approche genre dans la gestion des risques climatiques et de valoriser l'expertise des femmes dans la gestion des ressources naturelles, en particulier hydriques.
S'exprimant à l'ouverture d’une journée thématique organisée sous le thème "Eau et égalité des genres : levier pour une gestion durable des ressources en eau au Maroc", M. Baraka a insisté sur la nécessité d’encourager la participation effective des femmes aux processus de prise de décision liés à la planification et à la gestion de l’eau, soulignant que l’intégration de l’approche genre est garantie par la loi sur l’eau, qui prévoit la participation des femmes aux instances de gouvernance du secteur.
Il a, en outre, rappelé que l'intégration de l'approche genre dans la gestion intégrée des ressources en eau au Maroc remonte aux années 90, dans le cadre du Programme d'approvisionnement groupé en eau potable des populations rurales (PAGER), via l'adoption d'une approche participative impliquant des hommes et des femmes des douars bénéficiaires, depuis la phase de conception du projet jusqu'à sa réalisation et à sa gestion.
Par ailleurs, le ministre a souligné que des milliers d’écoles rurales ont bénéficié de projets d’approvisionnement en eau potable et de réhabilitation environnementale, dans le cadre de la convention signée avec le ministère de l’Éducation nationale. Cette initiative, a-t-il indiqué, a permis à plus de 110.000 élèves de bénéficier annuellement de ces infrastructures, dont 47 % de filles.
De son côté, la ministre de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, Naima Ben Yahya, a mis l'accent sur la relation entre les défis liés à l’eau et l’égalité des genres, estimant que les répercussions de la crise de l’eau et des changements climatiques sont plus sévères pour les femmes et les filles, notamment en raison de leur rôle prépondérant dans l’approvisionnement et la gestion de l’eau, en particulier en milieu rural.
Elle a ajouté que face aux défis croissants liés à la rareté des ressources hydriques et aux effets aggravés du changement climatique, le Maroc a érigé la question de l'eau en priorité stratégique, en mettant en place des politiques ambitieuses visant à garantir la sécurité hydrique et alimentaire, tout en renforçant l'équité territoriale et sociale, conformément aux Hautes orientations royales.
Dans ce contexte, la ministre a fait état de l'engagement de l'Exécutif en faveur de l'adoption de la "Budgétisation sensible au genre", en particulier dans les domaines du climat et du développement durable, rappelant les efforts de son département en ce sens, notamment le soutien à l'autonomisation économique des femmes à travers des programmes d'appui aux associations environnementales, l'amélioration de l'accès des filles à l'eau potable dans les établissements scolaires ruraux et le renforcement des capacités des structures régionales en matière d'intégration de l'approche genre dans les données statistiques.
Pour sa part, Sebastian Feld, chargé de la coopération à l'ambassade d'Allemagne au Maroc, a estimé que le stress hydrique et les phénomènes climatiques extrêmes, notamment la sécheresse et les inondations, posent des défis majeurs inédits qui dépassent le cadre environnemental pour toucher aux dimensions sociale, économique et territoriale.
M. Feld a souligné l’importance d’aborder la question de la gestion de l’eau sous l’angle de l’inclusion, d'autant plus que les femmes jouent un rôle central dans ce domaine, tout en étant de plus en plus représentées dans les institutions, les centres de recherche et les instances décisionnelles, bien que ce rôle reste encore insuffisamment reconnu et valorisé.
Il a également mis en avant la nécessité de renforcer l’accès des femmes aux formations techniques dans le domaine de l’eau, de consolider leur participation aux instances de gouvernance et de décision, d’intégrer systématiquement l’approche genre dans les politiques publiques et de lever les obstacles à leur pleine implication.
A son tour, la directrice de l'Agence française de développement (AFD) au Maroc, Catherine Bonnaud, a souligné que les phénomènes climatiques extrêmes, tels que la sécheresse et les inondations, imposent une coordination accrue entre les différents acteurs pour identifier les besoins et orienter les investissements sur la base d’objectifs clairs.
Selon elle, le passage d’une approche technique à une approche fondée sur les droits impliquant l’ensemble des parties prenantes dans la prise de décision et la gestion, est indispensable pour progresser vers un développement économique équilibré, davantage de justice sociale, la préservation de l’environnement et une meilleure gouvernance.
Elle a également ajouté que le Maroc s’est engagé depuis plusieurs années dans le processus de la budgétisation sensible au genre en tant que levier essentiel pour une allocation plus équitable des ressources publiques et pour l’élaboration de politiques mieux adaptées aux besoins de tous.
Pour Omnia Aboukorah-Voigt, responsable de l’Agence allemande de coopération internationale, les contraintes liées à la gestion des ressources en eau se manifestent concrètement au niveau territorial, notamment par les difficultés d’accès à l’eau et l’impact sur l’agriculture, ainsi que par les risques pesant sur les populations et les infrastructures.
L’égalité des genres n’est pas un objectif en soi, mais une condition essentielle à l’efficacité des politiques et à la réussite de la transformation des systèmes de gestion de l’eau, qui requiert l’implication des femmes et des jeunes, a-t-elle dit.
Elle a fait savoir que l’Agence allemande de coopération internationale soutient des approches multidimensionnelles pour faire face aux défis liés aux ressources hydriques, notamment en renforçant la gouvernance de l’eau, en développant des solutions adaptées au contexte local et en intégrant les enjeux climatiques et sociaux dans les politiques publiques, saluant les efforts du Maroc en matière de gestion durable et intégrée des ressources en eau.
Cette rencontre, à laquelle ont pris part des responsables gouvernementaux, des partenaires internationaux, des experts et des représentants de la société civile, a été marquée par des témoignages de femmes issues d’institutions publiques, du tissu associatif et du milieu rural, qui ont mis en avant leur rôle dans la gestion quotidienne de l’eau, la sensibilisation et la participation effective à la prise de décision.
Organisée en célébration de la Journée mondiale de l’eau, cette rencontre vise à renforcer le dialogue intersectoriel autour de l’égalité des genres dans la gouvernance de l’eau, avec au programme une table ronde ayant permis de débattre des principaux leviers d’action, notamment le renforcement de la participation des femmes dans la gouvernance de l’eau et l’intégration d’indicateurs genre dans les projets hydrauliques.
MAP
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