Argentine : l’invalidation des droits de douane US remet en question les bénéfices de l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis
La décision de la Cour suprême des États-Unis d’invalider les droits de douane réciproques imposés par le président Donald Trump, remet en question les bénéfices attendus par l’Argentine dans le cadre de l’Accord de réciprocité en matière de commerce et d’investissement, signé début février entre les deux pays.
L’accord argentino-américain prévoyait notamment la réduction de ces droits de douane réciproque de 10 % à 0 % pour 1.675 lignes tarifaires argentines. Or, cette concession constitue précisément la mesure désormais déclarée illégale.
Selon la Chambre argentine des exportateurs, l’invalidation judiciaire prive l’accord de sa principale concession d’accès au marché américain. « Tous les droits de douane que les États-Unis s’étaient engagés à lever dans le cadre de l’accord ont été supprimés », ont relevé plusieurs analystes, estimant que l’avantage concurrentiel obtenu par Buenos Aires se réduit fortement.
Des économistes cités samedi par la presse locale soulignent que l’Argentine perd ainsi le bénéfice relatif qu’elle détenait face à d’autres pays, notamment le Brésil, qui étaient soumis à des droits réciproques plus élevés.
Un des points clés pour Buenos Aires (l’augmentation du quota d’exportation de viande bovine vers les États-Unis de 20.000 à 100.000 tonnes en 2026) demeure toutefois en vigueur.
Cette mesure a été adoptée par décret présidentiel distinct, sous l’intitulé « Garantir un bœuf abordable pour le consommateur américain », et ne dépend pas directement du mécanisme tarifaire invalidé.
Selon les autorités argentines, cette extension pourrait générer jusqu’à 800 millions de dollars supplémentaires d’exportations. La première phase du quota, fixée à 20.000 tonnes, s’achève le 31 mars.
En revanche, l’accord n’avait apporté aucune modification aux droits relevant de la « Section 232 » américaine, notamment pour l’acier, l’aluminium, les automobiles ou le bois. Ces restrictions restent inchangées.
Des spécialistes du commerce international estiment que l’accord ne perd pas formellement sa validité, mais qu’il « perd son sens » dans la mesure où les droits de douane américains reviennent aux niveaux consolidés dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Ils relèvent également que l’exécutif américain pourrait tenter d’utiliser d’autres instruments juridiques pour réintroduire des restrictions, ce qui ouvrirait la voie à de nouvelles contestations judiciaires.
Sur les marchés, la réaction a été mesurée. Les obligations souveraines argentines sous droit new-yorkais ont enregistré de légères hausses, tandis que certaines actions argentines cotées à Wall Street ont progressé.
Dans ce contexte d’incertitude juridique et commerciale, la portée réelle de l’accord de libre-échange apparaît désormais plus limitée, alors que Buenos Aires misait sur ce rapprochement pour consolider sa stratégie d’ouverture et d’intégration aux marchés internationaux.
MAP
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