l y a des capitaines qui portent un brassard. Et il y a ceux qui marquent l’histoire. Ghanem Saïss incarne les deux. Avec ses 86 sélections avec le Maroc, le “Capitano” laisse une empreinte indélébile d’un leader qui aura traversé les sélectionneurs et les générations.
En annonçant sa retraite internationale avec les Lions de l’Atlas, Saïss a refermé une immense page du football marocain.
“Je referme le plus beau chapitre de ma vie de footballeur. Après mûre réflexion, c’est avec une immense émotion que je vous annonce ma retraite internationale. Porter les couleurs du Maroc et en être devenu le capitaine restera le plus grand honneur de ma carrière. Pour moi, cette tunique dépasse le cadre du sport: c’est une histoire de racines, de famille et de cœur”, a posté le N°6 des Lions de l’Atlas dans son message d’adieu.
Formé à l’Olympique de Valence en France, passé par plusieurs clubs hexagonaux, Saïss s’est construit loin des projecteurs avant d’exploser en Angleterre. À Wolverhampton, il s’est imposé comme un roc de la charnière de Nuno Espirito Santo: 206 matchs, 15 buts et une régularité exemplaire.
Plus tard, il découvre la ferveur turque sous les couleurs du Beşiktaş. Mais au-delà des clubs, c’est en sélection que son histoire prend une dimension supérieure.
Lorsqu’il s’installe durablement en équipe nationale en 2012, la sélection marocaine cherche encore sa stabilité. Puis sous la houlette d’Hervé Renard, il forme une charnière complémentaire et rugueuse avec Mehdi Benatia. Intelligence de placement, sens de l’anticipation, combativité dans les duels : Saïss devient le garant de l’équilibre défensif.
En 2018, après vingt ans d’absence, les Lions de l’Atlas retrouvent la Coupe du monde en Russie. Une délivrance nationale. Une première récompense pour cette génération.
Le brassard finit par changer d’épaule. Saïss le récupère de Benatia, l’assume avec sobriété et devient la voix calme d’un vestiaire ambitieux. Puis vient l’ère Walid Regragui. À ses côtés, un nouveau partenaire émerge: Nayef Aguerd.
Ensemble, ils bâtissent une muraille historique, en l’occurrence, lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Le Maroc atteint le dernier carré, une première pour une nation africaine et arabe. Saïss, malgré les pépins physiques qui l’handicapent durant la compétition, serre les dents. Il joue blessé, tient son rang et guide les siens. L’image d’un capitaine au courage brut.
Son leadership ne s’est jamais limité aux mots. Sur le terrain, il compensait par sa lecture du jeu, son intelligence tactique et sa rapidité. Dans le vestiaire, il incarnait le trait d’union entre générations.
Et lorsque le moment est venu, il a transmis le brassard à Achraf Hakimi, comme on passe un flambeau, avec confiance et lucidité.
Sa dernière CAN disputée à domicile l’a vu atteindre la finale avec les Lions de l’Atlas. Un ultime combat après des douleurs répétées, des alertes musculaires et une réflexion inévitable. Partir sans faire l’année de trop. Partir debout.
Quatre-vingt-six sélections, ce n’est pas qu’un chiffre anodin. Ce sont des tacles décisifs, des relances propres, des regards pour recadrer, des larmes de joie et une voix pour rassembler.
Saïss ne sera plus aligné au coup d’envoi, mais son héritage demeure : celui d’un capitaine intelligent, combatif et rapide, qui aura redonné aux Lions de l’Atlas leur fierté défensive.
Dans l’histoire du Maroc, son rugissement résonnera longtemps. “Je quitte la sélection, mais je resterai à jamais Lion… Fidèle et passionné quoi qu’il arrive”.
MAP