Les intervenants à un panel tenu, mardi à Rabat, dans le cadre de la cinquième édition de la rencontre annuelle du Conseil de la concurrence avec les médias, ont mis en exergue les enjeux liés à la régulation des plateformes numériques, ainsi que le rôle de la presse dans ce contexte.
S’exprimant lors de ce panel sous le thème “Les marchés numériques : entre innovation, concurrence et responsabilité médiatique”, Cristina Camacho, experte en droit et économie de la concurrence à l’Autorité portugaise de la concurrence, a souligné la complexité et l’évolution rapide des marchés numériques, marqués par des barrières à l’entrée et le phénomène du “market tipping”, pouvant favoriser la monopolisation.
Dans ce sillage, Mme Camacho a noté que la course à l’intelligence artificielle illustre pleinement ces dynamiques, les acteurs établis cherchant à restreindre l’accès et à garder le contrôle sur l’ensemble de l’écosystème.
Selon elle, la promotion de la concurrence sur ces marchés repose sur une combinaison d’outils réglementaires, d’enquêtes sectorielles, de rapports et de coopération entre autorités nationales et européennes, permettant de garantir la contestabilité des marchés, de stimuler l’innovation et de préserver des conditions équitables de concurrence.
En outre, elle a soulevé l’impact direct de ces pratiques sur les médias, mettant en avant la dépendance croissante des éditeurs aux plateformes numériques pour la diffusion et la monétisation de leurs contenus. Cette situation, notamment dans le cadre de la publicité programmatique, pose des risques sur la viabilité du journalisme d’intérêt général, a-t-elle dit.
De son côté, Vincent Giovannini, maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne, a mis en lumière la nécessité d’une approche spécifique pour les marchés numériques, où les effets de réseau et la valorisation des données jouent un rôle central.
Parallèlement, M. Giovannini a insisté sur le rôle de la concurrence dans la stimulation de l’innovation et de la compétitivité, précisant que le droit de la concurrence vise avant tout à encadrer le comportement des entreprises dominantes afin de préserver un jeu concurrentiel équitable.
Par ailleurs, il est revenu sur la double responsabilité des médias : d’abord en tant qu’acteurs économiques dépendants des plateformes, et ensuite en tant que vecteurs de culture concurrentielle et d’éducation du public.
Et d’expliquer que le rôle pédagogique et éclairé des médias contribue non seulement au bon fonctionnement des marchés numériques, mais également à la préservation du pluralisme et à la vitalité du débat démocratique.
La rencontre a été marquée par une allocution d’ouverture prononcée par le président du Conseil de la concurrence, Ahmed Rahhou, et par la remise des “Prix de la recherche du Conseil de la concurrence” aux lauréats de la 3e édition du concours.
Ce rendez-vous annuel traduit l’importance que revêtent les médias en tant qu’acteurs essentiels de l’écosystème concurrentiel, compte tenu du rôle qu’ils jouent dans l’effort de sensibilisation au respect des règles de la concurrence libre et loyale, et ce dans l’intérêt des consommateurs et de la compétitivité du tissu économique.
MAP