Des professionnels des secteurs des médias et du numérique, des éditeurs et des juristes se sont penchés, mercredi à Rabat, sur les différentes approches et stratégies à adopter en vue de lutter de manière efficiente et durable contre les fake news et la désinformation.
Lors d’un panel initié dans le cadre d’une rencontre sur le thème “La lutte contre les fake news: approches et regards croisés”, organisée par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication -Département de la Communication-, les participants ont souligné l’importance d’une action collective, responsable et coordonnée, nécessitant l’adhésion des différents acteurs concernés.
Ainsi, le Directeur de la Recherche et de la Stratégie à l’Agence Maghreb Arabe Presse (MAP), Ahmed El Attari, a passé en revue la stratégie adoptée par l’Agence dans son combat contre les fake news, s’érigeant ainsi en un acteur de communication responsable et en un rempart de fiabilité informationnelle.
Au delà de son rôle de maintenir un haut niveau d’exigence professionnelle, de vérification et de responsabilité éditoriale dans le cadre d’une vision stratégique de souveraineté informationnelle, la MAP déploie différents outils opérationnels pour contrer la désinformation au sein du paysage médiatique national, a relevé M. El Attari.
Dans son intervention, le responsable a mis en exergue la stratégie de la MAP visant à piloter une démarche de renforcement de la coopération médiatique, tout en contribuant au développement des médias africains dans leurs marches vers la résilience et la crédibilité médiatiques.
Il a, dans ce sens, rappelé la création du Réseau des journalistes Fact-Checkers des Agences de presse africaines, dans le but de mutualiser les expériences et les compétences en matière de vérification de faits, de partager les méthodologies et les outils entre agences africaines et de coordonner les réponses face à des campagnes de désinformation qui traversent toujours les frontières.
Pour Jamaa Goulahcen, Rédacteur en Chef et journaliste animateur chez “2M”, les journalistes professionnels ne peuvent plus travailler avec les mêmes mécanismes de travail classiques et sont désormais obligés de s’adapter aux nouveaux défis imposés notamment par l’intelligence artificielle, grâce à la formation continue.
La lutte contre les fake news exige que des sources d’information exactes et officielles soient facilement accessibles, a-t-il fait remarquer, estimant que toutes les institutions, quelle que soit leur nature, doivent être prêtes à communiquer avec les journalistes pour leur fournir des informations correctes.
Pour sa part, Narjis Rerhaye, membre du Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (HACA), a mis en relief le rôle des médias audiovisuels traditionnels dans la déconstruction des fausses informations, appelant à une action collective en vue de contribuer à cet effort, mais aussi de contribuer à l’éducation numérique des citoyens.
“Nous devrions plus que jamais renforcer le rôle des médias traditionnels, particulièrement la radio et la télévision”, a-t-elle insisté, mettant l’accent sur la nécessité de développer le sens critique des citoyens qui sont confrontés aux flux des fausses informations.
Selon Mme Rerhaye, ces informations sont dangereuses eu égard aux comportements qu’ils peuvent induire et aux modèles de représentation qu’ils façonnent, d’où la nécessité de mettre en avant davantage la responsabilité des médias traditionnels.
De son côté, Nawfel Raghay, Directeur général du Groupe “Chada”, a relevé que la vérification des informations est une démarche indispensable, notant que l’apparition des différents usages liés à l’intelligence artificielle peut offrir une aide précieuse aux journalistes professionnels qui doivent être placés au cœur de ces dispositifs.
Il s’est également attardé sur le concept de l’économie de l’attention, en tant que ressource qui, via le recours aux algorithmes, devient de plus en plus centrale dans les sociétés modernes, influençant ainsi divers aspects de la vie quotidienne, y compris les tendances informationnelles.
Quant à Mohamed Amine Jardani, Magistrat détaché auprès de la Direction des Affaires pénales et des grâces et de la détection de la criminalité au ministère de la Justice, il a mis en avant l’approche législative adoptée par le ministère pour remédier aux problématiques liées à la désinformation.
Il a, à cet égard, exposé l’arsenal législatif national en matière de lutte contre les fausses informations, soulignant que le ministère estime qu’il est temps d’apporter des modifications aux textes juridiques afin de prendre en compte la criminalisation de certains actes inhérents à la désinformation, l’objectif étant d’assurer une sécurité juridique et judiciaire suffisante aux citoyens.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des efforts du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication visant à faire face aux multiples problématiques que connaît l’espace médiatique et numérique, notamment celles liées aux fakes news et leurs répercussions sur l’individu et la société.
MAP